Xetrra est un circuit  de triathlons « verts » de la marque Ironman. Il en existe de nombreux en Europe. Les meilleurs concurrents peuvent prétendre à une qualification   pour la finale de Maui à Hawai.  Les distances sont toujours   1500 m de natation, 40 km de vtt et 10 de trail. Celui de Xonrupt a été créé  en 2010 dans le sillage du triathlon de Gérardmer qui était alors avec le label américain. Il a la particularité d’être sans doute le plus sélectif du vieux continent : La natation se déroule dans les eaux sombres et fraiches du lac de Longemer (17°C), on encaisse +1300m sur le parcours Vtt et +320m en cap. De plus, si la pluie arrose les Vosges, les choses se compliquent (voir les vidéos de l’édition 2011)

 

Résultats du découverte

Au Xterra, depuis longtemps j’y pensais. J’ai réussi à entrainer mon frère (2 fois Ironman et reconverti au Vtt), Thibaut (sur le découverte pour son 1er tri) et Julien (mon compagnon d’entrainement, alias« toujours partant »,  pour relever les nouveaux défis). La préparation avait bien commencé avec quelques sorties avec les vttistes de Villeparisis  (merci pour leur accueil), de la course à pied régulièrement et un kiné au top. Elle s’est interrompue de longues semaines à Pâques à cause de problème de genou.  La crainte a été grande de devoir tout annuler. Heureusement, mon kiné magique m’a remis sur pied en quelques séances et, excepté le Chemin des Dames, j’ai  pu participer aux triathlons préparatoires. Malgré tout, le sentiment d’être « léger » persistait.

 

Résultats du M

 L’arrivée sur place, le vendredi soir, nous permet le lendemain de faire un tour tranquillement au village, de prendre nos dossards, de tester la rampe (module en bois  mis en place pour que le public puisse admirer le show des premiers et les chutes des derniers), d’écouter le briefing,  de faire régler dérailleur de Thibaut,  de discuter avec les courageux qui ont reconnu le parcours vélo. Pour notre part, nous n’avons pas voulu salir les vtt car la pluie fine et constante s’est abattue  de 10 à 16 heures. Ils seront quand même bien pourris le lendemain ! Après le déjeuner   à se lamenter sur la météo, nous assistons aux dernières manches des X eliminators (parcours sur 800m en vtt à éliminations empruntant les rampes et un petit circuit autour du village). Arrive l’heure de la pasta party, sans doute ma pire expérience alimentaire  depuis le kidney pie anglais en 1990 ! Tant pis pour les pates espérées al dente, son filet d’huile d’olive et sa feuille de basilic. Dans le fond, je me doutais que ce ne serait pas un voyage gastronomique. Clairement, il ne faut pas y aller pour ça !

Le matin, dès 8 heures, nous assistons au  « découverte » auquel prend part Thibaut. Pendant un rapide déjeuner à la location, il nous livre ses impressions…

Le départ du Xterra France est donné à 14 heures. Nous sommes près de 1000 coincés entre le ponton et les pédalos. Je me place sur la gauche du groupe, pour être à l’extérieur de la boucle.  Le speaker, seul, tente de faire reculer les pros impatients d’en découdre. Je prendrai conscience plus tard de l’absence d’arbitres (parc à vélo,…). Je vis ma natation en solo, je prends large au passage des bouées, loin de la cohue. 2 temps, 3 temps, amplitude des mouvements, grâce à ma combinaison, je tutoie la glisse et essaie de trouver une allure  « course »  plutôt modérée. Le parcours est bien visible. Je termine la natation en 25 minutes (300eme temps natation). Une fois dans le parc, je prends le temps d’enfiler mon cuissard pour plus de confort, mais pas mais les gants (je le regretterai plus tard).

Dès les premiers hectomètres sur le goudron, je me fais reprendre par des hordes des vttistes (sont-ils au courant qu’il y a 40 bornes, z’attaquent comme des tarés!!!) et perds des places comme Pierre Menés ses kilos…La première montée entre 10 et 15%, ou plutôt le premier goulet d’étranglement, se présente et nous descendons tous, entravés par  nos  spads sur un kil, martelant le sol, cherchant les bons appuis avec nos chaussures inadéquates. Ca frotte, ça souffle, ça rumine et éructe. J’ai l’impression d’être un gnou dans la savane, au cœur du troupeau, poussé par l’instinct  grégaire ou fuyant un prédateur, mais par où fuis-je?! Nous pouvons pédaler un peu, quelques-uns se débrouillent mieux. Nous déchaussons plusieurs fois, de nombreuses fois. Je souffre, cherche à entrer en mode endurance. Le moral est au plus bas. Je n’arriverai jamais à faire deux tours comme ça, trop violent ! Puis arrive le plat, si peu. Nous passons à travers des bourbiers, les ornières dans lesquels les roues s’enfoncent jusqu’à l’axe. Au ravitaillement à Grouvelin, je m’arrête, mange et attrape  un bidon. Nous nous passons de la lumière de la prairie à l’obscurité de la forêt, de la montée à la descente. Trop crispé (?), mes paumes des mains  sont douloureuses. Nous slalomons entre de grosses pierres rondes prêtes à vous péter un dérailleur ou plier une roue, puis rebondissons sur des  pierriers glissant et menaçant. Ce qui est sûr, c’est que les descentes rapides ou cassantes me grisent. Il faut freiner fort, deviner les trajectoires, prendre de l’angle, les pierres roulent sous les roues…Les descentes me remontent le moral ! C’est bon ça ! Mais gare à la perte de lucidité. Mes mains ne me font plus souffrir! Il reste quelques singles entre les sapins avant le retour sur le village, les spectateurs et les modules en bois. Thibaut me renseigne sur les écarts avec mon frère et me dit qu’il n’a pas vu Julien. Etrange. Le deuxième tour se passe un peu mieux.  Nous sommes une dizaine à galérer ensemble. Nous reprenons les « crampés », les casses mécaniques. Nous échangeons un peu, nous nous  soutenons et estimons le temps qu’il nous reste pour finir dans les délais. Les délais ! C’est bien la première fois que j’ai à me soucier des délais ! Nous devons terminer natation +Vtt  en 4h15. Je pose le vélo  4h00 après le départ (3h30 , 650eme temps). C’est une première victoire, car la partie cycliste fut incroyablement éprouvante.

Nouvelle transition. Les crampes ne sont pas loin, mais je me joue d’elles. Il n’y a pas de répit. Nous devons escalader et redescendre par deux fois la montagne face à nous avec un passage autour la chapelle (pour une dernière prière ?) qui surplombe le village et le lac. Il y a quelques endroits escarpés, de bonnes marches, un ruisseau à franchir et une grosse descente. Je m’efforce de toujours courir, même à petites foulées. Je reprends des marcheurs, les bras ballants, le menton contre la poitrine. Les deux ravitaillements font du bien. Cette fois je ne m’y arrêterai pas, mais me gave de bananes et de gels. Ultime ligne droite au milieu des spectateurs applaudissant. Cette fois c’est l’arrivée au bout de 5h13m  (1h10 pour 11km de cap, (512eme temps).

Le premier, l’Espagnol Ruben Ruzafa, termine en 3 heures et 5 minutes. 150 triathlètes sont DNF. Les parcours vtt et cap au cœur sont parsemés d’emballage de barres et de gels. Une honte !

Si une épreuve est un passage difficile, marquant physiquement et mentalement et qui voudrait que l’on en sorte changé (je ne dis pas plus fort), alors pour moi ce triathlon Xterra France en fut une !